{"id":1023,"date":"2015-06-08T16:21:37","date_gmt":"2015-06-08T15:21:37","guid":{"rendered":"http:\/\/latitudsur.org\/developpement\/?page_id=1023"},"modified":"2015-06-08T16:21:37","modified_gmt":"2015-06-08T15:21:37","slug":"texte-etude-de-la-theorie-du-desordre-et-des-determinants-therapeutiques-dans-le-chamanisme-shuar","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/latitudsur.org\/dev\/es\/nos-missions\/textes-de-reflexions\/texte-etude-de-la-theorie-du-desordre-et-des-determinants-therapeutiques-dans-le-chamanisme-shuar\/","title":{"rendered":"Texte &#8211; \u00c9tude de la th\u00e9orie du d\u00e9sordre et des d\u00e9terminants th\u00e9rapeutiques dans le chamanisme shuar"},"content":{"rendered":"<p><\/p>\n<table class=\"contentpaneopen\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\">Texte &#8211; \u00c9tude de la th\u00e9orie du d\u00e9sordre et des d\u00e9terminants th\u00e9rapeutiques dans le chamanisme shuar<\/p>\n<p><b>Emmanuelle Decker<\/b><br \/>\n<i>Extraits de son M\u00e9moire de Ma\u00eetrise en Ethnopsychiatrie<br \/>\nUniversit\u00e9 Paris 8 &#8211; Septembre 2003<\/i><\/p>\n<p><i><\/i>Avant la conqu\u00eate espagnole, les Shuars vivaient en habitat isol\u00e9 et les relations sociales \u00e9taient restreintes au minimum entre quelques familles alli\u00e9es pour un temps seulement. Ils chassaient et chaque famille effectuait une activit\u00e9 agricole pour pouvoir vivre en autosubsistance. Il n\u2019y avait donc aucune organisation politique, mais les hommes pouvaient acqu\u00e9rir du prestige et de l\u2019autorit\u00e9 en devenant  Kakaram : puissant, parce que tueur \u00e9m\u00e9rite. En effet, le nombre de meurtres et de participations \u00e0 une vendetta accro\u00eet la puissance car elle permet l\u2019acquisition de nouvelles \u00e2mes Arutam.<\/p>\n<p>Arutam est le nom que les Shuars donnent \u00e0 tous les esprits protecteurs. Il peut aussi faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des divinit\u00e9s tel le soleil (Etsa), divinit\u00e9 de la vie et de la mort (Ayumpu\u00f9n), des jardins (Nunki), et se pr\u00e9senter aux hommes sous des formes vari\u00e9es : les tigres et les aigles pour le soleil ; la foudre, le tremblement de terre, les vautours pour Ayumpu\u00f9n ; et les animaux qui creusent pour Nunki. En effet, les Jivaros croient que les \u00e9l\u00e9ments qui d\u00e9terminent vraiment la vie et la mort, sont des forces cach\u00e9es qu\u2019on ne peut voir qu\u2019avec l\u2019aide des hallucinog\u00e8nes et le seul moyen de conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9 sur les causes premi\u00e8res est d\u2019entrer dans le monde surnaturel. C\u2019est pourquoi chaque enfant, quelques jours apr\u00e8s sa naissance, prendra la plante hallucinog\u00e8ne pour voir le vrai monde, et quelques ann\u00e9es plus tard, acqu\u00e9rir une \u00e2me Arutam. Car parmi les trois sortes d\u2019\u00e2mes que poss\u00e8dent les Shuars, cette derni\u00e8re, la plus importante puisqu\u2019elle prot\u00e8ge de la mort violente et des ensorcellements ou empoisonnements, se trouve lors d\u2019un p\u00e8lerinage \u00e0 la cascade sacr\u00e9e.<br \/>\nAinsi, il est dit que sous le puits profond creus\u00e9 par les grandes cascades des rivi\u00e8res, se trouve la porte d\u2019entr\u00e9e de la maison d\u2019Arutam. Frapper avec un b\u00e2ton, c\u2019est comme appeler \u00e0 sa porte ; et de la matrice de la cascade, comme de l\u2019eau qui jaillit de la femme avant l\u2019accouchement, arrive une nouvelle vie, un vieil esprit glorieux, esprit protecteur qui vient habiter le corps de l\u2019aspirant et lui donner force et courage.<br \/>\nCes esprits protecteurs peuvent se pr\u00e9senter et se montrer sous des formes tr\u00e8s distinctes (souvent animales), chaque fois qu\u2019une aide sp\u00e9ciale est n\u00e9cessaire. Ce sont les mythes qui enseignent comment rencontrer Arutam pour se lib\u00e9rer des esprits mauvais et devenir fort ; ainsi, il est indispensable de je\u00fbner pour gagner la compassion d\u2019Arutam, de prendre du jus de tabac, une plante hallucinog\u00e8ne, puis d\u2019attendre et invoquer l\u2019esprit protecteur en frappant pr\u00e8s de la cascade avec son b\u00e2ton : \u00ab Tac, tac, tac j\u2019arrive, viens m\u2019arranger, me renforcer, tac, tac, tac, viens me laver, me nettoyer, me purifier, viens me raccommoder, me gu\u00e9rir \u00bb.<br \/>\nD\u2019autres rites, permettant de rencontrer Arutam, peuvent se d\u00e9rouler dans un endroit isol\u00e9 de la for\u00eat, ou au bord d\u2019un grand fleuve. Mais chacun se termine par l\u2019incorporation de la force et de l\u2019\u00e2me Arutam ; or cette \u00e2me donne le d\u00e9sir ardent de tuer et c\u2019est tout naturellement que le nouveau possesseur rejoindra rapidement une exp\u00e9dition vers les territoires de familles ennemies. Avant le meurtre, chacun des participants nomme, devant le groupe, l\u2019esprit rencontr\u00e9 lors de la transe ; et le fait de d\u00e9voiler sa vision fait partir cette \u00e2me Arutam mais pas sa puissance. Apr\u00e8s l\u2019exp\u00e9dition, les participants devront donc se mettre en qu\u00eate d\u2019une nouvelle \u00e2me Arutam pour conserver la puissance de la pr\u00e9c\u00e9dente et obtenir une nouvelle protection contre la vendetta qui ne manquera pas de se pr\u00e9parer dans le camp attaqu\u00e9. Il est ainsi possible de cumuler la force des \u00e2mes incorpor\u00e9es successivement ; chaque retour d\u2019exp\u00e9dition meurtri\u00e8re impliquant une nouvelle recherche d\u2019Arutam, puisqu\u2019il est impossible de vivre longtemps sans le support de ces esprits. Comme l\u2019ennemi fra\u00eechement tu\u00e9 produit \u00e9galement une \u00e2me vengeresse,  il faut absolument maintenir cette derni\u00e8re prisonni\u00e8re dans le cr\u00e2ne de son propri\u00e9taire, gr\u00e2ce \u00e0 un rituel effectu\u00e9 tr\u00e8s rapidement. C\u2019est pourquoi les Indiens Jivaros sont connus comme les fameux r\u00e9ducteurs de t\u00eate..<\/p>\n<p><b>Chamanisme Shuar<\/b><\/p>\n<p>Nous avons remarqu\u00e9 combien les mythes et les messages qu\u2019ils contiennent sont les fondements et la trame de tous les \u00e9v\u00e9nements importants de la vie des indiens shuars. Ils sont le mod\u00e8le \u00e0 partir duquel s\u2019\u00e9laborent les rites qui ponctuent leur vie sociale, puisque cette derni\u00e8re inclut dans son champ d\u2019action les \u00eatres humains et les esprits, le visible et l\u2019invisible. Et les moyens de prendre contact avec ces derniers, les r\u00e8gles n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019obtention de cette rencontre et leurs cons\u00e9quences sont explicit\u00e9s clairement dans toute la mythologie.<br \/>\nLe chaman, comme les autres, les exprime, les actualise \u00e0 travers son initiation et le d\u00e9roulement pr\u00e9cis des rites de gu\u00e9rison, comme autant de mode d\u2019emploi, de recettes appliqu\u00e9es avec m\u00e9thode. Ainsi, sa pratique est normalement le reflet de celle de Tsunki, le premier chaman, celui qui \u00e0 l\u2019origine, enseigna aux jivaros \u00e0 se servir des esprits-serviteurs, forces surnaturelles principales utilis\u00e9es par le gu\u00e9risseur dans la pratique de sa fonction.<br \/>\nEn effet, Tsunki, divinit\u00e9 de l\u2019eau, fait lui-m\u00eame partie des esprits protecteurs et appara\u00eet dans les visions de ceux qui recherchent la gu\u00e9rison et la f\u00e9condit\u00e9. Il vit dans une maison sous l\u2019eau, dont les murs sont fait d\u2019anacondas se tenant \u00e0 la verticale comme des f\u00fbts de palmier ; il se sert d\u2019une tortue comme tabouret , on le d\u00e9crit comme un homme \u00e0 la peau blanche, aux cheveux longs mais il est aussi capable de se transformer en anaconda. La mythologie explique aussi que celui qui obtient la protection de Tsunki se transforme en un familier de cet esprit et peut s\u2019identifier \u00e0 lui c\u2019est \u00e0 dire gu\u00e9rir les maladies de la m\u00eame mani\u00e8re que la sienne.<br \/>\nMais chez les Shuars, le mot chaman ne repr\u00e9sente rien. Ils utilisent le terme \u00ab uwishin tsuakratin \u00bb : gu\u00e9risseur qui a appris lors de son initiation \u00e0 retirer du corps du malade des fl\u00e8ches mal\u00e9fiques envoy\u00e9es par un uwishin waw\u00e9kratin, terme que les missionnaires ont traduit par sorcier et que les chamans que j\u2019ai rencontr\u00e9 nomment \u00ab mauvais \u00bb ou \u00ab mauvais uwishin \u00bb. Actuellement, le Conseil des Sages de la M\u00e9decine Traditionnelle Shuar d\u00e9finit l\u2019Uwishin comme un \u00ab harmonisateur \u00bb, \u00abcelui qui harmonise les hommes et le cosmos \u00bb.<br \/>\nLes chamans poss\u00e8dent des fl\u00e8ches magiques ou tsentsak qui sont, en fait, des esprits, visibles seulement lors de la transe, apr\u00e8s ingestion de l\u2019hallucinog\u00e8ne. Ces esprits ont chacun une forme zoomorphique bien particuli\u00e8re (papillon g\u00e9ant, jaguar, singe) et fournissent au th\u00e9rapeute une assistance active. Le chaman, gardien des fl\u00e8ches magiques, les conserve dans son estomac, dans une bave ou un flegme, c\u2019est \u00e0 dire une substance brillante. Chaque sorte de  tsentsak ou esprit serviteur nage dans sa propre bave ou matrice personnelle que le chaman obtient lors de son initiation. Ce dernier ne pourra enlever une fl\u00e8che du corps d\u2019un malade que s\u2019il poss\u00e8de la fl\u00e8che homonyme, analogue, donc la bave ou matrice correspondante. Les fl\u00e8ches conserv\u00e9es dans son estomac l\u2019appellent \u00ab P\u00e8re \u00bb ; elles sont rendues amoureuses par son chant et accomplissent alors leur mission d\u2019aide en lui permettant de d\u00e9coller celle introduite dans le malade par un chaman ennemi, et \u00e0 l\u2019origine de la maladie.Tsunki a donn\u00e9 les fl\u00e8ches pour gu\u00e9rir mais les sorciers les utilisent pour faire le mal, trahissant leur mission. C\u2019est pourquoi les chamans qui veulent \u00eatre de bons chamans, des gu\u00e9risseurs, doivent \u00eatre attentifs \u00e0 ne pas laisser \u00e9chapper leurs fl\u00e8ches car elles peuvent blesser toute personne qui ne poss\u00e8dent pas la \u00ab bave correspondante \u00bb, mais personne ne peut ensorceler Tsunki parce qu\u2019il poss\u00e8de toutes les baves correspondantes.<\/p>\n<p><b>Initiation d\u2019un uwishin<\/b><\/p>\n<p>Siro Pellizzaro affirme qu\u2019il existe normalement deux fa\u00e7ons de devenir chaman chez les shuars :<br \/>\n1. Un adulte, parce qu\u2019il a re\u00e7u un message de Tsunki lors d\u2019une transe, demande \u00e0 un chaman r\u00e9put\u00e9 de l\u2019initier, contre r\u00e9mun\u00e9ration convenue \u00e0 l\u2019avance. L\u2019initi\u00e9 pourra rencontrer diff\u00e9rents ma\u00eetres pour continuer \u00e0 augmenter son pouvoir mais, comme durant l\u2019initiation, les relations sexuelles sont interdites, les papas poussent de pr\u00e9f\u00e9rence les enfants c\u00e9libataires \u00e0 s\u2019initier. En effet, les chamans amazoniens sont enseign\u00e9s et travaillent avec des plantes comme le tabac, l\u2019ayahuasca, la datura \u2026 Or, les esprits des plantes sont, pour le curandero, des \u00eatres \u00e0 part enti\u00e8re qui n\u2019aiment pas certaines interf\u00e9rences \u00e9nerg\u00e9tiques qui les g\u00eanent ou contrarient leurs propres \u00e9nergies curatives. L\u2019activit\u00e9 sexuelle en fait partie.<br \/>\n2. La transmission h\u00e9r\u00e9ditaire lorsqu\u2019un uwishin d\u00e9cide d\u2019initier un fils. Cet initiation commence quelques jours apr\u00e8s la naissance lorsque le chaman souffle ses fl\u00e8ches dans la nourriture de l\u2019enfant : sur les seins de la m\u00e8re qui les transmettra dans le lait, puis dans la p\u00e2te de manioc.<\/p>\n<p>La tradition dit que le ma\u00eetre chaman transmet au novice entre cinq et dix baves \u00e0 chaque \u00e9tape de l\u2019initiation et que chaque \u00e9tape est compos\u00e9e de six jours r\u00e9gl\u00e9s sur un protocole strict :<\/p>\n<p>Le premier jour :<br \/>\nLe matin, l\u2019apprenti- chaman peut manger normalement et pr\u00e9pare le natem. Puis, la nuit venue, le ma\u00eetre et le novice s\u2019installent et le premier inspire quelques gouttes de jus de tabac mastiqu\u00e9 et amen\u00e9 successivement \u00e0 ses narines par sa main droite. Il se pr\u00e9pare ensuite, environ trois cuiller\u00e9es de natem que lui propose le disciple : tenant le liquide entre ses mains, le chaman chante, puis souffle dessus et le boit. Il attend que la transe commence et \u00e0 ce moment- l\u00e0, demande au novice de lui donner \u00e0 nouveau du natem qu\u2019il va encore une fois tenir entre ses mains pendant qu\u2019il chante, puis souffler dessus et l\u2019offrir au novice. D\u00e8s que sa transe d\u00e9bute, ce dernier va \u00e9galement aspirer du jus de tabac, par une narine, puis l\u2019autre apr\u00e8s que le chaman ait souffl\u00e9 dessus. Le ma\u00eetre continue de chanter puis va appliquer sa bouche successivement et plusieurs fois sur le sommet de la t\u00eate, la partie sup\u00e9rieure du dos, entre les doigts de chaque main du novice et souffler tr\u00e8s fort, expectorer, faire monter sa bave dans sa bouche, et bouche contre bouche, la transmettre au novice qui l\u2019avale. Le ma\u00eetre s\u2019exclame alors : \u00abJe t\u2019ai donn\u00e9 la bave, matrice de Tsunki \u00bb. Il r\u00e9p\u00e8te le sc\u00e9nario autant de fois qu\u2019il transmet de baves diff\u00e9rentes en ponctuant les transmissions de : \u00ab Je t\u2019ai donn\u00e9 la matrice de l\u2019aigle. Je t\u2019ai donn\u00e9 la bave de ca\u00efman \u00bb. Et ainsi il nomme la bave jaune, la bave \u00e9cumeuse, la bave g\u00e9latineuse\u2026 Puis, les deux continuent de chanter jusqu\u2019\u00e0 la fin de la transe, et se couchent mais jouent de la musique ; \u00ab Apr\u00e8s avoir pris l\u2019ayahuasca, les chants arrivent en grands nombres. Les esprits te font chanter pour que tu aies davantage de visions \u00bb. Le chaman veille \u00e0 ce que le novice ne s\u2019endorme pas sinon les fl\u00e8ches retourneraient vers le ma\u00eetre pensant que le r\u00e9cent initi\u00e9 est mort.<\/p>\n<p>Le second jour :<br \/>\nLe novice ne doit ni boire, ni manger, ni dormir pour que les fl\u00e8ches ne s\u2019\u00e9chappent pas. Le soir, de fa\u00e7on identique \u00e0 la veille, ils boivent le natem mais seul le chaman inspire le jus de tabac. Ils chantent et jouent de la musique pour rendre les fl\u00e8ches amoureuses mais le novice doit garder la bouche ferm\u00e9e.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me jour :<br \/>\nLe novice reste allong\u00e9, continue de je\u00fbner et fume du tabac. Puis le soir, les deux partagent le m\u00eame rituel : prise de natem et aspiration\/inspiration  de jus de tabac . En effet, \u00ab c\u2019est le tabac qui t\u2019enseigne ; il te donne une bonne concentration\u2026Le tabac et l\u2019ayahuasca s\u2019entendent bien ensemble \u00bb. Le novice peut alors dormir.<\/p>\n<p>Le quatri\u00e8me jour :<br \/>\nLe novice continue de je\u00fbner : pas de nourriture, pas de boisson mais il peut dormir et fumer.  Le soir, il n\u2019y a pas de rituel.<\/p>\n<p>Le cinqui\u00e8me jour :<br \/>\nC\u2019est le jour de \u00abl\u2019usukruamu \u00bb, o\u00f9 les deux vont boire \u00ab la chicha chapuras \u00bb, c\u2019est \u00e0 dire la chicha rituelle du chaman, boisson faiblement alcoolis\u00e9e, pr\u00e9par\u00e9e par une jeune fille qui a mastiqu\u00e9 du manioc, puis recrach\u00e9 et laiss\u00e9 filtrer, et sur laquelle le chaman a souffl\u00e9. Puis le soir venu, il y a une nouvelle prise de tabac accompagn\u00e9e de chants. Apr\u00e8s un rituel, le novice peut commencer \u00e0 s\u2019alimenter.<\/p>\n<p>Le sixi\u00e8me jour :<br \/>\nL\u2019initi\u00e9 mange, boit la bi\u00e8re rituelle et lorsqu\u2019il est mieux physiquement, il peut rentrer chez lui. Ainsi se termine la premi\u00e8re \u00e9tape de l\u2019initiation et, selon Harner, un initi\u00e9 form\u00e9 par un sorcier ne peut devenir que sorcier, mais s\u2019il est form\u00e9 par un gu\u00e9risseur, il a le choix. En effet, lorsque son premier tsentsak sortira de sa bouche et qu\u2019il ressentira alors un puissant d\u00e9sir de jeter des sorts, il lui faudra se contr\u00f4ler, et gr\u00e2ce \u00e0 sa volont\u00e9, ravaler cette premi\u00e8re fl\u00e8che. Et il sera gu\u00e9risseur.<\/p>\n<p><b>Rite traditionnel de gu\u00e9rison<\/b><\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir explor\u00e9 une initiation traditionnelle, nous allons maintenant d\u00e9couvrir un rituel de gu\u00e9rison classique, tel qu\u2019il est rapport\u00e9 par Pellizzaro. Ainsi, chez les shuars, lorsqu\u2019un malade ne gu\u00e9rit pas malgr\u00e9 les m\u00e9decines confectionn\u00e9es avec des herbes du jardin ou de la for\u00eat, ils pr\u00e9parent les conditions n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019intervention d\u2019un uwishin ; La famille pr\u00e9pare le natem pour qu\u2019il ait une densit\u00e9 comme du miel liquide et ils ram\u00e8nent de la for\u00eat des feuilles et branchages de Sasauk qu\u2019ils assemblent comme pour faire un balai. Puis, ils appellent le th\u00e9rapeute, mais celui-ci doit venir \u00e0 jeun depuis au moins le milieu du jour et n\u2019agir que la nuit car ses sens sont aiguis\u00e9s par la plante et il ne pourrait supporter la lumi\u00e8re du jour.<br \/>\nEntr\u00e9 dans la maison du malade, il extrait d\u2019une petite calebasse, du jus de tabac qu\u2019il avait pr\u00e9alablement m\u00e2ch\u00e9. C\u2019est dans sa main droite qu\u2019il prend ce jus et l\u2019aspire par les narines : Il prend le jus de tabac pour que monte la bave, matrice des fl\u00e8ches qui sont en lui. Aussit\u00f4t, il prend le natem c\u2019est \u00e0 dire qu\u2019il chante sur l\u2019ayahuasca , souffle dessus et avale environ trois cuiller\u00e9es. Il peut ajouter du tabac et des \u00e9corces de datura, en les prenant dans sa main droite, s\u2019il veut maximaliser sa vision. Puis, le chaman prend un tumank (instrument de musique \u00e0 corde) et en joue, allong\u00e9 sur un lit. Il joue pour rendre ses fl\u00e8ches amoureuses et \u00ab pense \u00e0 toutes les fleurs qui attirent les colibris pour que se r\u00e9alise la magie \u00bb.<br \/>\nLorsque la transe commence, il chante \u00e9galement ses exploits contre les sorciers, ses gu\u00e9risons r\u00e9ussies gr\u00e2ce \u00e0 son pouvoir extraordinaire ; Il se dirige vers le malade, avec le balai de sasauk dans la main droite, fait du vent au-dessus de son corps et siffle une m\u00e9lodie pour appeler Tsunki, premier chaman.<br \/>\nCette m\u00e9lodie s\u2019apparente \u00e0 celle-ci :<br \/>\n<i><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"(c) Illustration Johanna\" src=\"http:\/\/www.arutam.fr\/IMAGES\/T-shirt.gif\" alt=\"(c) Illustration Johanna\" width=\"300\" height=\"276\" align=\"right\" border=\"1\" hspace=\"60\" vspace=\"10\" \/><\/i><br \/>\n<i>Moi, moi, moi, moi, moi,<br \/>\nJe suis comme Tsunki<br \/>\nLorsque je bois du natema<br \/>\nMon corps se refroidit<br \/>\nEt je peux facilement extraire le tsentsak<br \/>\nMoi, moi, moi, moi, moi<\/i><\/p>\n<p><i>Je suis toujours au-dessus des nuages,<br \/>\nEt ainsi ai-je la puissance.<br \/>\nJ\u2019ai bu du natema.<br \/>\nJ\u2019en ai bu assez pour avoir la puissance.<br \/>\nTout mon corps est froid<br \/>\nEt je peux donc facilement extraire le tsentsak.<br \/>\nMoi, moi, moi, moi, moi.<\/i><\/p>\n<p>En transe, le chaman voit clairement les fl\u00e8ches plant\u00e9es dans le malade car elles brillent de diff\u00e9rentes couleurs selon leur classe. Il entame des chants pour faire venir ses esprits auxiliaires : les Pasuks. Ces derniers connaissent le chant des fl\u00e8ches car chaque type de fl\u00e8ches poss\u00e8de son pasuk. Quand le pasuk chante, le chaman imite ce chant pour r\u00e9veiller ses fl\u00e8ches endormies dans leur bave, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son estomac mais aussi pour rendre amoureuses les fl\u00e8ches homonymes, plant\u00e9es dans le malade par un sorcier, et reli\u00e9es \u00e0 lui par un fil argent\u00e9 tel celui d\u2019une araign\u00e9e. Les pasuks peuvent eux aussi prendre la forme de fl\u00e8ches et entourer le gu\u00e9risseur pour lui faire une cuirasse de protection le prot\u00e9geant des attaques sorci\u00e8res. Car le sorcier a ses propres pasuks qui peuvent l\u2019attaquer en jetant des fl\u00e8ches.<br \/>\nLe chaman doit d\u2019abord couper les fils qui relient le sorcier \u00e0 ses fl\u00e8ches fich\u00e9es dans le malade, affaiblir les pasuks ennemis avec ses chants, et alors les tsentsaks isol\u00e9s dans le malade vont commencer \u00e0 sympathiser avec le gu\u00e9risseur puisqu\u2019il poss\u00e8de de la bave et les fl\u00e8ches homonymes et donc conna\u00eet leur chant et leur langage. Il continue \u00e0 agiter son balai de feuilles pour refroidir et engourdir les fl\u00e8ches mal\u00e9fiques qui seront sans r\u00e9action. Les siennes sont maintenant tr\u00e8s impatientes d\u2019aller d\u00e9coller leur homonymes. Alors il les souffle sur l\u2019endroit malade et ces derni\u00e8res, collantes, coupantes ou qui \u00ab s\u2019enroule comme la queue d\u2019un singe \u00bb , d\u00e9tachent celles envoy\u00e9es par le sorcier.<br \/>\nAlors le chaman approche sa bave homonyme en appliquant sa bouche contre la peau du malade et suce fortement puis expectore avec force et renvoie sa fl\u00e8che au mauvais uwishin, ce qui le d\u00e9clare, lui, vainqueur. Mais si ses esprits serviteurs ne r\u00e9ussissent pas \u00e0 d\u00e9crocher leurs homonymes, il donne un peu de natem sur lequel il a souffl\u00e9 au malade, de fa\u00e7on que les fl\u00e8ches mal\u00e9fiques deviennent saoules et se d\u00e9collent instantan\u00e9ment. S\u2019il en reste d\u2019autres, d\u2019un autre type, il reprend du jus du tabac pour faire monter une autre bave, avec d\u2019autres esprits serviteurs ; ses esprits auxiliaires lui proposeront d\u2019autres chants et il recommencera le m\u00eame proc\u00e9d\u00e9. Apr\u00e8s la derni\u00e8re succion, il reprend son balai de feuilles et chante la fin des mal\u00e9fices, la sant\u00e9 recouvr\u00e9e, la force du patient comme celle de l\u2019anaconda et du tigre. Il souffle une derni\u00e8re fois pour \u00e9loigner des maux insignifiants et termine l\u00e0 le rituel. Il se restaure avec le ma\u00eetre de maison. Ce dernier d\u00e9cide de la r\u00e9mun\u00e9ration.<\/p>\n<p><b>Rencontre avec un chaman shuar<\/b><\/p>\n<p>Dans notre \u00e9tude, nous avons d\u00e9cid\u00e9 d\u2019analyser le dispositif th\u00e9rapeutique des indiens shuars d\u2019Amazonie \u00e9quatorienne, \u00e0 travers l\u2019observation d\u2019un gu\u00e9risseur particulier, reconnaissant qu\u2019il existe dans toute application et mise en \u0153uvre des pratiques th\u00e9rapeutiques chamaniques une part individuelle, idiosyncrasique, li\u00e9e \u00e0 la personnalit\u00e9 et \u00e0 la sensibilit\u00e9 du th\u00e9rapeute. Il s\u2019agit donc ici d\u2019analyser les modifications produites par un gu\u00e9risseur sur un malade et surtout tous les moyens exploit\u00e9s par celui-ci pour incarner la pens\u00e9e qu\u2019il a sur la maladie puisque pour p\u00e9n\u00e9trer l\u2019action des th\u00e9rapeutes, plut\u00f4t qu\u2019\u00e9tudier leurs th\u00e9ories, il nous faudra observer leur pratique concr\u00e8te. Ce qui am\u00e8ne le chercheur (en Ethnopsychiatrie) \u00e0 analyser les actions du th\u00e9rapeute sur le mod\u00e8le de la recette de cuisine : \u00ab Pour obtenir tel effet, le th\u00e9rapeute a fait cela. Il a fait ceci et a provoqu\u00e9 cela chez le patient. \u00bb Si nous acceptons de tester le postulat, propos\u00e9 par T. Nathan, selon lequel la th\u00e9orie d\u2019un th\u00e9rapeute, qui formalise sa conception du d\u00e9sordre et les moyens pour y rem\u00e9dier, est ce qui va d\u00e9terminer la gu\u00e9rison du patient, comment faire appara\u00eetre cette pens\u00e9e, principal moteur de l\u2019influence, c\u2019est \u00e0 dire quel dispositif m\u00e9thodologique mettre en place pour faire \u00e9merger quoi ?<\/p>\n<p>J\u2019ai rencontr\u00e9 Ricardo Tsakimp \u00e0 Sucua, dans la province de Morona Santiago, colonie blanche dans laquelle sont install\u00e9s de nombreux Shuar. C\u2019est dans cette ville que si\u00e8ge le conseil directif de la FICSH (Federacion Interprovincial de Centros Shuar), association fond\u00e9e en 1964, dont la devise claire et sans ambigu\u00eft\u00e9 pr\u00f4ne toujours l\u2019\u00e9l\u00e9vation sociale, \u00e9conomique, morale et culturelle de ses membres (pr\u00e8s de 35.000 soit environ 300 villages) et qui se charge de d\u00e9fendre leurs droits et int\u00e9r\u00eats. R. Tsakimp y vit avec femme et enfants. C\u2019est un uwishin, \u00e2g\u00e9 de 43 ans, qui a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 d\u00e8s son adolescence  au m\u00e9tier de gu\u00e9risseur par diff\u00e9rents ma\u00eetres successifs et qui explique avoir beaucoup appris seul, dans la for\u00eat, en prenant de l\u2019ayahuasca et en rencontrant les plantes. Il affirme vouloir continuer \u00e0 apprendre et devenir toujours plus puissant car il doit prouver \u00e0 ses pairs qu\u2019il est capable d\u2019assumer sa fonction de pr\u00e9sident de \u00ab Conseil de Sages \u00bb, mais aussi aux Indiens, qu\u2019il peut les repr\u00e9senter, d\u00e9fendre et aider \u00e0 la sauvegarde de leurs traditions tout en s\u2019ouvrant au monde ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Son activit\u00e9 professionnelle se r\u00e9partit entre :<br \/>\n1. Son r\u00f4le au sein de l\u2019\u00e9quipe des dirigeants du \u00ab D\u00e9partement de Sant\u00e9 Indig\u00e8ne \u00bb de la province de Morona Santiago et qui d\u00e9pend directement du Minist\u00e8re de la Sant\u00e9 Publique \u00e9quatorien. Cette \u00e9quipe est charg\u00e9e de l\u2019implantation et la sauvegarde de la M\u00e9decine Traditionnelle, de promouvoir et  socialiser la M\u00e9decine Indig\u00e8ne \u00ab dans une nouvelle optique de sant\u00e9 interculturelle<br \/>\n2. Ses activit\u00e9s au service de la communaut\u00e9 en tant que gu\u00e9risseur pour les indiens, les m\u00e9tis et les blancs qui le sollicitent chez lui, le soir, lorsqu\u2019il rentre de son travail pour le D\u00e9partement de Sant\u00e9 Indig\u00e8ne. La r\u00e9mun\u00e9ration est variable, parfois laiss\u00e9e au bon vouloir du patient et plus rarement jusqu\u2019\u00e0 30 ou 50 dollars. Il se d\u00e9place aussi en for\u00eat, r\u00e9pondant \u00e0 l\u2019appel d\u2019une communaut\u00e9, par l\u2019interm\u00e9diaire de la FICSH. Dans ce genre de cas, j\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 des r\u00e9mun\u00e9rations traditionnelles sous forme de poules.<br \/>\n3. Son travail en tant que  pr\u00e9sident du \u00ab Conseil des Sages \u00bb ou \u00ab Association d\u2019Uwishin \u00bb pour lequel il doit contacter, recenser et convaincre d\u2019autres chamans de participer \u00e0 l\u2019\u00e9laboration des statuts, \u00e0 la mise en place et l\u2019application d\u2019un cahier des charges. Ce conseil a pour objectif de cr\u00e9er une unit\u00e9 en regroupant les uwishin, de sauvegarder et fortifier la M\u00e9decine sacr\u00e9e et de la r\u00e9v\u00e9ler au monde pour d\u00e9montrer les connaissances poss\u00e9d\u00e9es.<\/p>\n<p>A mon arriv\u00e9e, Ricardo m\u2019a souhait\u00e9 la bienvenue en affirmant que j\u2019\u00e9tais chez lui comme un membre de sa famille et m\u2019a trouv\u00e9 une chambre chez un de ses ami, pour que je puisse avoir un coin \u00e0 moi pendant les trois mois qu\u2019allait durer mon s\u00e9jour en Equateur. Il m\u2019a propos\u00e9 de le suivre en for\u00eat pour voir son travail pour le compte du D\u00e9partement de Sant\u00e9 Indig\u00e8ne, de venir de temps en temps le soir regarder le d\u00e9roulement de ses consultations et de l\u2019accompagner lors de c\u00e9r\u00e9monie de soins dans des communaut\u00e9s shuars de la for\u00eat. Il a souhait\u00e9, lui, regarder ma fa\u00e7on de faire une r\u00e9fl\u00e9xologie plantaire et gard\u00e9 des sch\u00e9mas du syst\u00e8me \u00e9nerg\u00e9tique en m\u00e9decine chinoise, et que j\u2019avais amen\u00e9 pour \u00e9changer.<\/p>\n<p>Pour cette \u00e9tude, j\u2019ai choisi de relater les \u00e9v\u00e9nements qui se sont d\u00e9roul\u00e9s le samedi 16 novembre 2002 lors d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie de gu\u00e9rison dans la communaut\u00e9 shuar de Santiago, pr\u00e8s de la fronti\u00e8re avec le P\u00e9rou, parce que je les trouve repr\u00e9sentatifs de tout ce que j\u2019ai pu observer et entendre durant mon s\u00e9jour en Equateur. Le motif de sa venue est la demande de la famille d\u2019un jeune homme de 17 ans, alit\u00e9, tr\u00e8s faible et ne s\u2018alimentant plus et l\u2019insistance de toute la communaut\u00e9 \u00e0 r\u00e9gler \u00ab une \u00e9pid\u00e9mie de maladies diverses \u00bb. Il y a quelques semaines (environ un mois), le jeune \u00e9tait tomb\u00e9 d\u2019un arbre et sentait quelques douleurs dans les jambes. Puis en quelques jours, son \u00e9tat s\u2019est d\u00e9grad\u00e9, il ne pouvait plus mobiliser ses jambes. Ensuite son corps entier s\u2019est engourdi, il est devenu \u00ab sans force \u00bb, \u00ab sans vie \u00bb, ne pouvant plus ni se d\u00e9placer, ni bouger normalement. Il a arr\u00eat\u00e9 de s\u2019alimenter quelques jours avant notre venue.<br \/>\nNous arrivons \u00e0 la communaut\u00e9 en fin d\u2019apr\u00e8s midi. Apr\u00e8s l\u2019accueil traditionnel avec la chicha, bi\u00e8re ferment\u00e9e que pr\u00e9pare les femmes, les habitants et nous-m\u00eames nous dirigeons vers la b\u00e2tisse la plus grande du lieu qui sert habituellement de salle de classe. C\u2019est un rectangle d\u2019environ 8 xr 5 m dont les seuls meubles sont des chaises dispos\u00e9es le long des murs sur lesquelles s\u2019installent les habitants de la communaut\u00e9 en laissant libre le quatri\u00e8me c\u00f4t\u00e9 pour les invit\u00e9s.<br \/>\nC\u2019est une premi\u00e8re r\u00e9union pour les pr\u00e9sentations et les souhaits de bienvenue : R. Tsakimp pr\u00e9sente sa femme venue pour l\u2019assister et moi, en tant que fran\u00e7aise sensibilis\u00e9e \u00e0 leur effort pour faire admettre et valider leur m\u00e9decine traditionnelle comme la m\u00e9decine occidentale. Il me nomme \u00ab sa secr\u00e9taire \u00bb, ce qui provoque des rires et des paroles d\u2019accueil chaleureux chez le peuple shuar.  Il explicite ensuite son travail effectu\u00e9 dans le cadre du D\u00e9partement de Sant\u00e9 Indig\u00e8ne et ses efforts pour \u00e9tablir un conseil d\u2019uwishin. Il insiste sur le fait que cette association pr\u00e9voit  la collaboration bienveillante, le partage des savoirs, le respect d\u2019une \u00e9thique \u00e0 d\u00e9finir entre les diff\u00e9rents uwishin du peuple shuar. Ensuite, il exprime sa vision de la sant\u00e9 : d\u00e9pendante des \u00e9changes harmonieux avec tout ce qui nous entoure, la nature, les autres ; et ceci dans un juste \u00e9quilibre, un respect de soi et de l\u2019autre quel qu\u2019il soit : humain, animal, plante, caillou. Il parle de la paix du c\u0153ur, n\u00e9cessaire pour qu\u2019advienne cet \u00e9quilibre essentiel au maintien d\u2019une bonne sant\u00e9.<br \/>\nRemarque : Les shuars commencent r\u00e9guli\u00e8rement leurs d\u00e9clarations et ponctuent leurs palabres de l\u2019affirmation : \u00ab Nous, peuple shuar de la province du Morona Santiago \u00bb, \u00ab Nous, peuple shuar \u00bb, \u00ab Moi, de la communaut\u00e9  X du peuple shuar \u00bb.<br \/>\nPuis tout le monde se l\u00e8ve et sort pour manger et de nouveau le village fait face aux invit\u00e9s seuls install\u00e9s sur des chaises, l\u2019ensemble formant presque un cercle. La femme de R. Tsakimp mange \u00ab normalement \u00bb. Ricardo go\u00fbte un petit peu \u00e0 tout (bananes, yuca, riz et poulet) et dit qu\u2019il mangera apr\u00e8s. Je mange un peu de bananes et un plat de feuilles qu\u2019ils ont pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 mon intention lorsqu\u2019ils ont appris que j\u2019\u00e9tais v\u00e9g\u00e9tarienne. Je pr\u00e9cise ces \u00e9l\u00e9ments en rapport avec le repas puisque la tradition dit que normalement, ceux qui \u00ab prennent \u00bb c\u2019est \u00e0 dire qui vont boire le natem ne sont pas sens\u00e9s manger ou en tout cas, doivent suivre une di\u00e8te : pas de viande et \u00e9ventuellement un peu de banane.<br \/>\nNous allons nous laver puis nous retournons tous dans la b\u00e2tisse, dispos\u00e9s de la m\u00eame fa\u00e7on ; mais un meuble a \u00e9t\u00e9 rajout\u00e9 : une petite table devant nos trois si\u00e8ges. Sur cette table, le th\u00e9rapeute dispose une bouteille en verre contenant de \u00ab l\u2019agua florida \u00bb, une eau alcoolis\u00e9e contenant des plantes, une gourde contenant de l\u2019ayahuasca, un petit verre en m\u00e9tal de la forme d\u2019un d\u00e9 \u00e0 coudre mais en plus grand, des cigarettes, du jus de tabac  dans une gourde, des bougies qui sont allum\u00e9es et qui circulent dans la pi\u00e8ce pour le besoin des d\u00e9placements.<br \/>\nIl fait nuit. R. Tsakimp demande \u00e0 sa femme si elle a le balai de feuilles ; cette derni\u00e8re le lui montre et le garde \u00e0 la main. Il v\u00e9rifie qu\u2019un seau se trouve non loin de ses pieds. Le malade est amen\u00e9 sur une liti\u00e8re, port\u00e9e par trois hommes ; il semble inanim\u00e9 ; il est d\u00e9pos\u00e9 sur le sol \u00e0 droite devant R. Tsakimp. Ce dernier se met torse nu, se pulv\u00e9rise avec sa bouche l\u2019agua florida sur tout le corps, s\u2019en met sur le visage et la t\u00eate avec ses mains, puis en verse un petite quantit\u00e9 dans ses mains qu\u2019il porte \u00e0 son nez pour inspirer. Il d\u00e9pose ensuite du jus de tabac dans sa main droite et la porte successivement \u00e0 chacune de ses narines pour l\u2019inspirer. Il fume une cigarette de tabac. Il se verse un verre d\u2019ayahuasca, prend une cigarette de tabac, souffle la fum\u00e9e sur le liquide, plusieurs fois, ferme les yeux et semble prononcer ou r\u00e9citer une pri\u00e8re (ses l\u00e8vres murmurent) et il boit le natem. Il fume et attend.<br \/>\nIl commence \u00e0 fredonner doucement. On entend les bruits et babillages des enfants, des chuchotements, des silences, la for\u00eat. R. Tsakimp me demande si je veux une cigarette. Je la prends et je fume. Il me demande si je veux \u00ab prendre pour pouvoir voir \u00bb. Je r\u00e9ponds oui ; il me demande alors ma main gauche pour y verser du jus de tabac que je porte successivement \u00e0 chaque narine pour l\u2019inspirer. On attend. Puis il me propose une cigarette,  remplit le verre avec l\u2019ayahuasca, (moins que pour lui), me le donne et, d\u00e9signant le liquide, me dit en fran\u00e7ais : \u00ab concentration \u00bb. Je bois l\u2019ayahuasca (en respirant calmement et souhaitant que mon corps l\u2019accepte pour \u00e9viter que je ne me roule par terre en vomissant). A la fin de la derni\u00e8re gorg\u00e9e, des exclamations fusent que l\u2019on peut traduire et r\u00e9sumer par : \u00ab bien \u00bb, \u00ab c\u2019est bien \u00bb\u2026<br \/>\nNous fumons. Ricardo  chante. Il se dirige vers le malade et souffle l\u2019agua florida sur tout son corps. Il en avale une gorg\u00e9e, conserve le liquide dans sa bouche et le pulv\u00e9rise sur le visage. Puis recommence la m\u00eame op\u00e9ration mais pulv\u00e9rise sur le torse. Et ainsi successivement et rapidement sur le dos, les bras et les jambes ; puis dans les mains du patient qu\u2019il am\u00e8ne contre ses narines pour que le liquide soit inspir\u00e9.<br \/>\nEt il chante en secouant son pasauk (balai de feuilles) partout autour et au dessus du malade allong\u00e9 sur le dos. Ensuite il applique sa bouche sur la peau du patient, au niveau de son c\u0153ur et aspire fortement en \u00e9mettant des bruits de succion ; et en se relevant, tr\u00e8s vite, il recrache et vomi dans le seau. M\u00eame chose au niveau des jambes, \u00e0 deux endroits diff\u00e9rents.<br \/>\nLa m\u00e8re du patient, debout \u00e0 cot\u00e9 de lui, commence \u00e0 invectiver en shuar et \u00e9mettre des plaintes \u00e0 l\u2019encontre d\u2019\u00e9v\u00e9nements et de comportements dans le village. Alors de plusieurs endroits de la salle, on entend des personnes dire \u00ab la lumi\u00e8re, la lumi\u00e8re \u00bb. Les quelques bougies sont \u00e9teintes ; et dans un noir absolu, beaucoup de voix qui me semblent en col\u00e8re parlent, invectivent, mais sans entamer de disputes ou de conversations. Les voix expriment des dol\u00e9ances ; sentiments, \u00e9motions et expressions de mal aise fusent \u00e0 travers la pi\u00e8ce. Le th\u00e9rapeute accompagne ces plaintes de chants et de paroles d\u2019accueil et d\u2019apaisement. Il encourage chacun \u00e0 s\u2019exprimer toujours librement mais sans animosit\u00e9, \u00e0 \u00e9tablir des relations de confiance, d\u2019harmonie et \u00e0 ne pas garder en soi les ressentiments. Il \u00e9coute. Il r\u00e9p\u00e8te ces quelques phrases, comme une litanie, entrecoup\u00e9 par ses chants : \u00ab Il faut se parler, ne pas garder en soi de pens\u00e9es mauvaises, garder la paix dans le c\u0153ur \u00bb.<br \/>\nR. Tsakimp sort de la b\u00e2tisse quelques instants, discute dehors avec quelques hommes qui l\u2019ont rejoint, revient, chante. Il parle de l\u2019\u00e9quilibre du bien et du mal, en disant que tout ne peux pas \u00eatre bon mais il insiste sur la bonne volont\u00e9 de chacun pour cr\u00e9er des relations harmonieuses, pour que chacun soit en paix et puisse sentir l\u2019amour circuler et fortifier son corps. La pens\u00e9e, la parole et l\u2019action doivent \u00eatre accomplies en conscience du r\u00f4le et de la participation de chacun \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre et la paix d\u2019une famille, d\u2019un village, d\u2019une communaut\u00e9, de l\u2019univers. Puis il demande que quatre hommes du village se pr\u00e9sentent devant lui pour repr\u00e9senter la communaut\u00e9 : ils vont \u00eatre purifi\u00e9s et prendre le natem pour voir et le soutenir dans son travail.<br \/>\nDonc quatre hommes lui font face sur des chaises qui sont install\u00e9es devant lui. Le th\u00e9rapeute leur demande de se mettre torse nu et souffle l\u2019agua florida sur chacun d\u2019eux, de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019il avait fait pour le patient et pour moi. Il leur verse le jus de tabac dans la main droite pour que celui- ci soit inspir\u00e9. Ils fument et pendant ce temps, d\u2019une voix tr\u00e8s douce, R. Tsakimp \u00e9voque \u00e0 nouveau l\u2019\u00e9quilibre de tous dans et avec l\u2019univers, la paix du c\u0153ur et la paix dans la communaut\u00e9. Puis les quatre boivent l\u2019ayahuasca et le th\u00e9rapeute chante. Il se l\u00e8ve et pose ses l\u00e8vres sur la peau, \u00e0 l\u2019endroit du c\u0153ur de chacun des quatre hommes, fait une succion et recrache dans le seau. Ils fument. Tout le monde attend. Certains papotent, certains rient, les enfants se prom\u00e8nent parfois. L\u2019atmosph\u00e8re a chang\u00e9, l\u2019ambiance me semble maintenant plus l\u00e9g\u00e8re. Ricardo se l\u00e8ve de son si\u00e8ge et s\u2019approche du malade, refait une soplada (aspersion d\u2019eau florale alcoolis\u00e9e) sur toutes les parties de son corps, chante en agitant le balai de feuilles et aspire \u00e0 diff\u00e9rents endroits du corps : d\u2019abord le c\u0153ur et ensuite les jambes ; il prend de l\u2019agua florida dans sa bouche, aspire bouche contre la peau du malade, et recrache. Apr\u00e8s chaque succion, il crache en expectorant bruyamment et parfois vomi, dans le seau qu\u2019il garde non loin de lui. Au moment o\u00f9 il crache et vomit, de nombreuses voix encouragent, ent\u00e9rine son action de rejet et ce qui est dit provoque parfois le rire dans l\u2019assembl\u00e9e. R. Tsakimp recommence 3 ou 4 fois la succion. Il chante et agite son balai de feuilles autour du patient. Puis il r\u00e9alise, avec sa main droite, comme une spirale au dessus et des pieds \u00e0 la t\u00eate du malade, s\u2019arr\u00eate sur la t\u00eate et envoie sa main vers le ciel en disant : \u00ab shshshsh\u2026 \u00bb. Il pose cette main sur la t\u00eate du jeune homme et r\u00e9cite un \u00ab Notre P\u00e8re \u00bb en espagnol. Puis se rassoit. Il demande s\u2019il y a autre chose. Quelques m\u00e8res s\u2019approchent avec leur enfant et montrent une le ventre, l\u2019autre la t\u00eate\u2026 Rapidement, R. Tsakimp r\u00e9alise une soplada, aspire, recrache et r\u00e9cite un \u00abNotre P\u00e8re \u00bb, la main pos\u00e9e sur la t\u00eate de l\u2019enfant. Les gens commencent \u00e0 partir, la lumi\u00e8re est rallum\u00e9e et deux hommes emm\u00e8nent le patient. Nous allons nous coucher. Il est un peu plus de une heure du matin. Le rituel a dur\u00e9 environ 5 heures.<br \/>\nLe lendemain, le jeune homme vient \u00e0 notre rencontre, marchant et souriant, et dit combien il est \u00ab heureux de revivre \u00bb : \u00ab Je mourais, je ne pouvais plus bouger, mon corps \u00e9tait faible \u00bb. Il parle avec enthousiasme des nouvelles sensations de son corps, de sa force retrouv\u00e9e. Et peu avant notre d\u00e9part, tout le monde se r\u00e9unit de nouveau dans la b\u00e2tisse. Plusieurs personnes prennent la parole pour remercier en leur nom, au nom du village, dire combien tout \u00e9tait \u00ab oppress\u00e9 \u00bb et comment ils sont \u00ab lib\u00e9r\u00e9s \u00bb maintenant. Ils disent que Ricardo a effectu\u00e9 un travail pour quelque chose qui tra\u00eenait et s\u2019amplifiait depuis un moment, et que beaucoup \u00e9taient \u00ab aigris \u00bb (je ne suis pas s\u00fbre de la traduction) mais que maintenant \u00abla joie est revenue. Nombreux insistent sur ce sentiment de joie et de paix retrouv\u00e9e et le fait d\u2019\u00eatre de nouveau ensemble avec les autres. Chaque famille am\u00e8ne une poule devant R. Tsakimp qui m\u2019explique que c\u2019est le paiement rituel pour ce genre de gu\u00e9rison. Il est invit\u00e9 \u00e0 revenir sans laisser passer trop de temps, puis nous repartons en pirogue \u00e0 moteur avec toutes les poules.<\/p>\n<div align=\"justify\"><b>Analyse du dispositif th\u00e9rapeutique relat\u00e9<\/b><img decoding=\"async\" title=\"affiche shuar ancienne\" src=\"http:\/\/www.arutam.fr\/IMAGES\/Sacred-Falls.jpg\" alt=\"affiche shuar ancienne\" align=\"left\" hspace=\"20\" \/>Nous allons essayer d\u2019analyser ce dispositif th\u00e9rapeutique c\u2019est \u00e0 dire de d\u00e9cortiquer son fonctionnement :<br \/>\nQuelles sont les pi\u00e8ces (actes, objets) qui ensemble, provoquent chez le patient, une transformation, un changement d\u2019\u00e9tat par rapport \u00e0 celui qui pr\u00e9existait avant leur utilisation par le th\u00e9rapeute ?<br \/>\nTobie Nathan parle de transformation  radicale, de modification de l\u2019\u00eatre du patient comme le r\u00e9sultat induit par une intention th\u00e9rapeutique. Mais ici, quels sont les \u00e9l\u00e9ments, op\u00e9rateurs de changements, regroup\u00e9s pour exprimer cette intention ?<\/p>\n<p>Nous allons aussi essayer d\u2019\u00e9valuer son efficacit\u00e9 (Y a- il vraiment modification du patient ? Et comment cela se manifeste ?), tout en cherchant une d\u00e9finition du d\u00e9sordre observ\u00e9 : le choix des \u00e9l\u00e9ments assembl\u00e9s, de part la d\u00e9finition de leur fonction, le motif g\u00e9n\u00e9rant leur maniement et la repr\u00e9sentation que s\u2019en fait le gu\u00e9risseur et le groupe auquel il appartient, ce choix donc, est une explication du d\u00e9sordre puisqu\u2019il le d\u00e9finit par les objets, les choses n\u00e9cessaires pour s\u2019en d\u00e9barrasser.<br \/>\nJe prends un exemple : Si je vais chercher un litre de destop, sachant que ce produit est un d\u00e9boucheur puissant qui a pour action de dissoudre int\u00e9gralement toutes les mati\u00e8res organiques, la caissi\u00e8re, qui ne me conna\u00eet pas, mais partage la m\u00eame culture que moi, pourra quand m\u00eame en conclure que j\u2019ai un probl\u00e8me : mes canalisations sont bouch\u00e9es.<\/p>\n<p>Mais voyons d\u2019abord quels sont les instruments qu\u2019utilise le th\u00e9rapeute :<\/p>\n<p>Le tabac :<br \/>\nNous avons vu que, dans la tradition shuar, le jus de tabac provoque la mont\u00e9e de la bave, matrice des fl\u00e8ches, dans la bouche du th\u00e9rapeute. Ainsi il pourra se servir de ses fl\u00e8ches, ses esprits serviteurs qui vont d\u00e9coller les fl\u00e8ches homonymes fich\u00e9es dans le corps du malade. Ces tsentsak sont comme des outils pour d\u00e9couper, d\u00e9coller le mal du patient. Le tabac, d\u00e9fini comme une plante sacr\u00e9e, est souffl\u00e9 sur diff\u00e9rentes parties du corps du patient ainsi que sur les pr\u00e9parations de plantes parce qu\u2019il chasse les impuret\u00e9s, il permet d\u2019\u00eatre plus concentr\u00e9, de nettoyer sa vision et se prot\u00e9ger. C\u2019est pourquoi \u00ab les esprits te disent : Fume ! \u00bb. En effet, on fait venir les esprits par le moyen du tabac, fum\u00e9 ou en jus, parce que le mythe d\u2019Etsa (le soleil), nous dit que Iwia, prisonnier des aub\u00e9pines qui l\u2019encerclaient de tous cot\u00e9s, r\u00e9ussit \u00e0 attirer vers lui Jempe, le colibri, lui- m\u00eame hypostase de Etsa, gr\u00e2ce \u00e0 une plante de tabac. Jempe d\u00e9livra Iwia. Or ceci ne fut possible que gr\u00e2ce au tabac.<br \/>\nL\u2019Homme shuar, et en particulier l\u2019uwishin, ne fait que s\u2019approprier et utiliser des techniques et des pratiques dont les fondements sont dans les mythes. Et ces derniers, selon T. Nathan,  sont comme des modes d\u2019emploi, des manuels listant les moyens pour solutionner  les diff\u00e9rents obstacles sur le chemin de la vie et donc des \u00ab instruments de r\u00e9parateurs \u00bb. Donc pour les shuars, la plante de tabac est utilis\u00e9e pour nettoyer, augmenter la concentration et la vision, et appeler les esprits.<\/p>\n<p>Le natem (ayahuasca) :<br \/>\nDans la tradition mythique, c\u2019est elle (associ\u00e9e, potentialis\u00e9e par le tabac) qui ouvre la vision du th\u00e9rapeute ; elle lui permet de d\u00e9chiffrer l\u2019invisible et donc d\u00e9voile la cause du probl\u00e8me. En effet, apr\u00e8s son ingestion, le chaman VOIT le corps du malade comme s\u2019il \u00e9tait transparent et peut lire le SIGNE inscrit dans ce corps, signe visible de lui seul. Et parce qu\u2019il voit et comprend l\u2019INVISIBLE \u00e0 travers le patient, il peut poser un DIAGNOSTIC. Le natem lui ouvre la connaissance, lui enseigne la raison du d\u00e9sordre, lui permet de formuler une interpr\u00e9tation et de r\u00e9affirmer sa position d\u2019expert du mal.<\/p>\n<p>Les chants :<br \/>\nIci encore, il faut faire appel \u00e0 la mythologie pour savoir que Tsunki, premier chaman, sifflait une m\u00e9lodie  pour appeler ses fl\u00e8ches puissantes . Ainsi, le chaman commence \u00e0 chanter pour appeler Tsunki, divinit\u00e9 de la gu\u00e9rison, puis il chante pour appeler ses esprits auxiliaires qui vont le d\u00e9fendre contre les attaques en sorcellerie, contre les esprits auxiliaires de celui qui a envoy\u00e9 des tsentsak dans le malade. Et il chante encore pour r\u00e9veiller ses esprits serviteurs endormis dans son estomac. Puis pour rendre amoureux ceux accroch\u00e9s dans le malade.<br \/>\nLes chants appellent les esprits, la force curative des plantes, des \u00e9corces, des bois et \u00ab ce sont les esprits (qui) nous apprennent  \u00e0 chanter \u00bb. Les chants du chaman sont donc un instrument d\u2019appel aux esprits et divinit\u00e9 qui vont le soutenir, le prot\u00e9ger et l\u2019aider pour son rituel de gu\u00e9rison, mais aussi de son propre pouvoir qui s\u2019appuie sur l\u2019existence de ses invisibles<\/p>\n<p>Le balai de feuilles :<br \/>\nIl engourdit les esprits fich\u00e9s dans le malade. Cet outil est donc \u00e9galement un moyen d\u2019action sur l\u2019invisible.<\/p>\n<p>La soplada :<br \/>\nLe th\u00e9rapeute met dans sa bouche de l\u2019agua florida puis le souffle en pulv\u00e9risation sur tout le corps (du malade, de ceux qui l\u2019accompagnent, le sien) et ceci pour le nettoyer, le purifier et \u00abpendant qu\u2019il fait une soplada, le curandero pense qu\u2019il gu\u00e9rit le patient et qu\u2019il chasse le mal de son corps \u00bb. Cette aspersion purificatrice permet aussi de mieux se d\u00e9fendre contre l\u2019adversit\u00e9 parce qu\u2019elle prot\u00e8ge du d\u00e9sordre, du d\u00e9s\u00e9quilibre.<\/p>\n<p>La succion :<br \/>\nC\u2019est l\u2019action que r\u00e9alise le th\u00e9rapeute apr\u00e8s avoir diagnostiqu\u00e9, appeler ses esprits (auxiliaires, serviteurs, et s\u2019\u00eatre r\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 Tsunki) ; il aspire et recrache le tsentsak, mal\u00e9fique pour le malade puisque ce dernier ne poss\u00e8de pas la matrice pour accueillir ces esprits dans son estomac.<\/p>\n<p>Notre P\u00e8re :<br \/>\nCertainement un h\u00e9ritage des j\u00e9suites, reflet d\u2019une adaptation et d\u2019une \u00e9volution tourn\u00e9e vers l\u2019\u00e9change des outils et des repr\u00e9sentants d\u2019autres formes de gu\u00e9rison.<\/p>\n<p>La parole :<br \/>\nElle accompagne diff\u00e9rents temps de la c\u00e9r\u00e9monie : ainsi, R. Tsakimp rappelle que l\u2019\u00e9quilibre, l\u2019harmonie dans son propre corps, d\u00e9pend et influence les relations avec les autres, avec la communaut\u00e9, celle des hommes et des esprits. C\u2019est un jeune homme qu\u2019il vient soigner mais il interpelle le village entier, il inclut dans le d\u00e9sordre toutes les familles de Santiago, et leurs relations qui d\u00e9rangent l\u2019ordre du monde. C\u2019est la communaut\u00e9 qu\u2019il va finalement soigner en demandant \u00e0 quatre d\u2019entre eux de participer au rite de lib\u00e9ration. C\u2019est donc la communaut\u00e9 qu\u2019il doit gu\u00e9rir. L\u2019accent est d\u00e9plac\u00e9 du sympt\u00f4me exprim\u00e9 par le malade \u00e0 l\u2019ensemble des habitants du lieu. En effet, le gu\u00e9risseur relie et r\u00e9int\u00e8gre l\u2019individu souffrant \u00e0 sa famille et \u00e0 son groupe social de r\u00e9f\u00e9rence puisque son interpr\u00e9tation introduit les interactions r\u00e9ciproques des \u00eatres (en particulier proches) dans l\u2019explication du d\u00e9sordre et la repr\u00e9sentation de la maladie telle qu\u2019elle est v\u00e9hicul\u00e9e par les traditions shuars. Ainsi, les th\u00e9rapeutes sont avant tout des sortes de distributeurs d\u2019appartenance fondamentale. De plus, le groupe am\u00e8ne au chaman un patient parce qu\u2019il est tomb\u00e9 d\u2019un arbre, et le chaman r\u00e9interpr\u00e8te la maladie, d\u00e9place le sympt\u00f4me en rappelant, d\u00e8s les pr\u00e9sentations et souhaits de bienvenue, sa propre conception de la sant\u00e9 : l\u2019importance de l\u2019harmonie et des \u00e9changes bienveillants pour un \u00e9quilibre de l\u2019homme dans et avec l\u2019univers.<br \/>\nCette parole agit aussi parce qu\u2019elle extirpe le sens (des choses) dans des lois connues de tous, rappel\u00e9es par un sp\u00e9cialiste initi\u00e9 \u00e0 leur fondement et qui, en plus, s\u2019est d\u00e9clar\u00e9 repr\u00e9sentant de l\u2019association uwishin aupr\u00e8s du gouvernement, donc expert doublement reconnu : par ses pairs et par les politiques, \u00e9trangers \u00e0 son monde. Or, il semble m\u00eame qu\u2019il est d\u2019autant plus efficace que son expertise est reconnue dans son environnement par le plus grand nombre.<\/p>\n<p>A travers le d\u00e9veloppement de tous ces points, il appara\u00eet que le th\u00e9rapeute questionne, demande de l\u2019aide et agit sur l\u2019invisible. Ses instruments, ses actions, sont l\u00e0 pour exprimer et prouver le fait qu\u2019il VOIT donc qu\u2019il SAIT. Ses actions, ses objets, imbriqu\u00e9s comme des rouages, sont l\u2019expression sc\u00e9nique, la d\u00e9finition \u00ab en actes \u00bb de la th\u00e9orie qui permet de rem\u00e9dier au d\u00e9sordre, et donc par extension, de la th\u00e9orie du d\u00e9sordre.  En effet, T. Nathan affirme que la principale fonction des objets est de d\u00e9montrer la pens\u00e9e th\u00e9orique des th\u00e9rapeutes. Et cette pens\u00e9e s\u2019appuie sur des repr\u00e9sentations conceptuelles exprim\u00e9es dans des mythes or, pour les peuples chamaniques, les l\u00e9gendes fondent le monde, elles en sont la r\u00e9alit\u00e9 profonde (\u2026), ont la m\u00eame signification et le m\u00eame r\u00f4le que nos th\u00e9ories scientifiques : celui d\u2019orienter la vie sociale dans tous ses d\u00e9veloppements. Elles sont \u00ab matrice de sens \u00bb, origine de la th\u00e9orie des th\u00e9rapeutes. Et ici, le sens fait intervenir un monde cach\u00e9, invisible, mais qui se d\u00e9voile au chaman, car ce qui \u00e0 la fois, cause le d\u00e9sordre et va d\u00e9barrasser le patient de son mal, ce sont les esprits serviteurs et auxiliaires. Or, le gu\u00e9risseur a appris :<br \/>\n&#8211;  \u00e0 les voir avec le natem<br \/>\n&#8211;  \u00e0 leur parler et les rendre amoureux avec les chants<br \/>\n&#8211;  \u00e0 les influencer avec le tabac<br \/>\n&#8211;  \u00e0 les modifier avec le balai de feuilles<br \/>\n&#8211;  \u00e0 les \u00e9vacuer avec le \u00ab Notre P\u00e8re \u00bb<br \/>\nLui seul, initi\u00e9, peut les influencer et les utiliser comme op\u00e9rateurs th\u00e9rapeutiques, op\u00e9rateurs de changement dans le patient mais aussi dans la communaut\u00e9 qui est interrog\u00e9e et remise en question \u00e0 l\u2019occasion de sa rencontre avec ces invisibles.<br \/>\nEt pour mobiliser ces op\u00e9rateurs :<br \/>\n&#8211;   les leviers th\u00e9rapeutiques sont alors les plantes, les chants, les pri\u00e8res, que le gu\u00e9risseur manipule,<br \/>\n&#8211;  manipulations qui interviennent dans le cadre de proc\u00e9dures th\u00e9rapeutiques : souffler, chanter, sucer<br \/>\nL\u2019ensemble : op\u00e9rateurs, leviers, proc\u00e9dures, exprimant et r\u00e9v\u00e9lant sa th\u00e9orie du d\u00e9sordre. Pour reprendre Nathan, dans ce dispositif th\u00e9rapeutique chamanique, l\u2019\u00eatre qui cause, qui produit ce que j\u2019observe<small><sup><small><small><big>1<\/big><\/small><\/small><\/sup><\/small> : cette chose est l\u2019invisible, sous forme d\u2019esprit, car dans ces mondes, le d\u00e9sordre se r\u00e9v\u00e8le toujours n\u0153ud de communication, croisement des chemins, l\u00e0 o\u00f9 pr\u00e9cis\u00e9ment, les univers se superposent<small><sup><small><small><big>2<\/big><\/small><\/small><\/sup><\/small>. Ainsi, le th\u00e9rapeute, et selon les fondements th\u00e9oriques reconnus exact par la soci\u00e9t\u00e9 qui l\u2019a construit, postule l\u2019existence et l\u2019action des invisibles (\u00e0 l\u2019origine du d\u00e9sordre), donc d\u00e9ploie et articule ses techniques \u00e0 partir de la base conceptuelle de d\u00e9part ; Et puisqu\u2019il ne s\u2019agit pas ici de discuter du degr\u00e9 de \u00abv\u00e9rit\u00e9 \u00bb des interpr\u00e9tations mais d\u2019observer la cons\u00e9quence de leur mise en acte, nous pouvons remarquer que ce dispositif pr\u00e9cis provoque une transformation du malade<br \/>\n&#8211;  porteur de sympt\u00f4me en un \u00eatre porteur d\u2019un signe, d\u2019un message pour la communaut\u00e9.<br \/>\n&#8211;  souffrant, en une personne se d\u00e9crivant gu\u00e9rie avec une \u00ab nouvelle force \u00bb<br \/>\nredistribue et vivifie les interactions autour du malade. En introduisant du sens, le th\u00e9rapeute r\u00e9v\u00e8le et rend visible les r\u00e9seaux (familial, social, des divinit\u00e9s) qui s\u2019imbriquent pour cr\u00e9er la r\u00e9alit\u00e9. Il va chercher les causes dans le cach\u00e9 et le collectif  puisque le naturel, le collectif et le surnaturel ne forment pour lui qu\u2019une seule r\u00e9alit\u00e9 et que l\u2019essentiel consiste \u00e0 interpr\u00e9ter, \u00e0 conf\u00e9rer du sens<small><sup>3<\/sup><\/small>. Et si apr\u00e8s l\u2019identification du coupable, le malade gu\u00e9rit , c\u2019est que ce dispositif fonctionne. Or ce syst\u00e8me n\u2019a pas seulement une action th\u00e9rapeutique avec pour cons\u00e9quence un changement radical chez le patient, sa famille et son groupe de proches ; l\u2019influence d\u00e9borde (et c\u2019est en tout cas le souhait de son repr\u00e9sentant : le chaman) vers d\u2019autres sph\u00e8res de la vie sociale et politique.<\/p>\n<p><b>Revendication ethnique<\/b><\/p>\n<p>En effet, la tradition chamanique est un facteur d\u2019identit\u00e9 sociale, culturelle et ethnique de premi\u00e8re importance pour bon nombre de peuples indig\u00e8nes en Amazonie<small><sup><small><small><big>4<\/big><\/small><\/small><\/sup><\/small> et les chamans incarnent cette tradition, la rendent vivante et sont alors gardiens des fondements du groupe et d\u2019un  syst\u00e8me de pens\u00e9e et d\u2019actions orient\u00e9 vers la soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est donc une \u00e9vidence qu\u2019ils repr\u00e9sentent le fer de lance et la vitrine de leur culture dans la bataille pour la reconnaissance et surtout l\u2019acceptation de leur diff\u00e9rence dans leur identit\u00e9.<br \/>\nIls font partie de notre pr\u00e9sent, et leur proposition d\u2019explication  du monde est un syst\u00e8me ouvert qui n\u2019est pas incompatible avec les progr\u00e8s technologiques ; ils s\u2019adaptent et f\u00e9condent leur univers avec les outils et pens\u00e9es du monde occidental. Ainsi, R. Tsakimp surfe r\u00e9guli\u00e8rement sur Internet, voyage et pourtant continue \u00e0 rencontrer son ma\u00eetre- chaman et \u00e0 \u00eatre enseign\u00e9 par les esprits : Le temps de la r\u00e9sistance ethnique ouvertement d\u00e9clar\u00e9e est termin\u00e9e. Il faut savoir int\u00e9grer la modernit\u00e9 pour continuer \u00e0 faire vivre la tradition<small><sup><small><small><big>5<\/big><\/small><\/small><\/sup><\/small>.<br \/>\nLe d\u00e9partement de Sant\u00e9 Indig\u00e8ne de Morona Santiago veut associer la m\u00e9decine occidentale \u00e0 la m\u00e9decine traditionnelle et donc marier \u00ab leur mani\u00e8re de voir le monde mat\u00e9riel et spirituel \u00bb avec les instruments et pratiques des m\u00e9decins blancs. Comme la d\u00e9marche du gu\u00e9risseur est additive, parfois m\u00eame multiplicative, il s\u2019int\u00e9resse aux autres th\u00e9rapeutes, \u00e0 leurs techniques et leurs mani\u00e8res de faire exister le monde. Aussi, (en Equateur, en Colombie\u2026), malgr\u00e9 les rivalit\u00e9s permanentes entre chamans, ils s\u2019associent, cr\u00e9ent des r\u00e9seaux de soutien, \u00e9laborent des statuts, \u00e9lisent des repr\u00e9sentants et participent plus que jamais \u00e0 la construction de leur devenir comme soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9rindienne.<br \/>\nGr\u00e2ce \u00e0 cette unit\u00e9 recherch\u00e9e et renforc\u00e9e entre les uwishin shuar, ils explorent les moyens de sauvegarder, am\u00e9liorer et d\u00e9velopper leur m\u00e9decine sacr\u00e9e, en la d\u00e9voilant strat\u00e9giquement au reste du monde, pour qu\u2019elle soit reconnue en tant que r\u00e9el savoir, donc respecter et valoriser. C\u2019est parce qu\u2019ils se r\u00e9unissent, construisent et int\u00e8grent des associations que les gu\u00e9risseurs continuent d\u2019exister et portent le groupe auquel ils appartiennent. Ils sont m\u00eame consid\u00e9r\u00e9s comme ce qui va fortifier le DPSI. Car n\u2019oublions pas que loin de se consid\u00e9rer comme nos anc\u00eatres, ils sont les tenants d\u2019une autre mani\u00e8re de vivre et de concevoir le monde, comme nous ils inventent le monde depuis des mill\u00e9naires.<\/p>\n<p><b>Conclusion<\/b><\/p>\n<p>Symbole d\u2019une culture, interface entre les mondes, cr\u00e9ateur de r\u00e9seaux, le chaman shuar est aussi le d\u00e9positaire d\u2019une th\u00e9orie sur la gu\u00e9rison. Th\u00e9orie qui d\u00e9signe le d\u00e9sordre comme une anomalie dans les interactions de \u00ab l\u2019\u00eatre avec \u00bb : sa famille, son groupe, l\u2019univers.<br \/>\n<img decoding=\"async\" title=\"chaman achuar\" src=\"http:\/\/www.arutam.fr\/IMAGES\/Feumagique.jpg\" alt=\"chaman achuar\" align=\"right\" hspace=\"20\" vspace=\"10\" \/>A travers l\u2019un de ses membres, c\u2019est l\u2019ensemble de la communaut\u00e9 qui est touch\u00e9e, perturb\u00e9e par l\u2019action d\u2019un invisible. Et c\u2019est bien l\u2019intention et l\u2019intervention du th\u00e9rapeute, son interpr\u00e9tation du d\u00e9sordre qui transforme le malade isol\u00e9 dans sa souffrance en un \u00e9l\u00e9ment porteur de sens pour son groupe. Or ce th\u00e9rapeute, lui aussi membre de ce m\u00eame groupe, repr\u00e9sentant de son noyau (de ses pens\u00e9es les plus profondes), est inclus dans d\u2019autres r\u00e9seaux avec encore d\u2019autres intentions : sociale, politique. C\u2019est l\u2019imbrication de tous ces \u00e9l\u00e9ments-l\u00e0 : le th\u00e9rapeute, sa th\u00e9orie (incarn\u00e9e par ses objets), son inscription dans diff\u00e9rents r\u00e9seaux et associations (et le pouvoir qu\u2019il en retire), qui sont actifs lors d\u2019un rituel de gu\u00e9rison ; et qu\u2019il est donc n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9tudier pour comprendre ce qui est \u00e0 l\u2019origine de la gu\u00e9rison d\u2019un patient. Ainsi peut-\u00eatre sera-t-il possible, \u00e0 partir de l\u2019exploration des d\u00e9terminants, parmi les th\u00e9rapies et psychoth\u00e9rapies, de cr\u00e9er des mod\u00e8les th\u00e9oriques explicatifs du fonctionnement de ces pratiques.<\/p>\n<\/div>\n<p><b>Bibliographie<\/b><br \/>\n<i><small>1. Nathan T., Nous ne sommes pas seuls au monde, op. cit., p 10.<br \/>\n2. Nathan T., Stengers I., M\u00e9decins et sorciers, op. cit., p 17.<br \/>\n3. Nathan T., Hounkpatin L.,  La parole de la for\u00eat initiale, op. cit., p 28.<br \/>\n4. Chaumeil J.P., Voir Savoir Pouvoir, op. cit., p11.<br \/>\n5. Costa J.P., Les chamans hier et aujourd\u2019hui, op. cit., p 95.<\/small><\/i><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><span class=\"article_separator\"> <\/span><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte &#8211; \u00c9tude de la th\u00e9orie du d\u00e9sordre et des d\u00e9terminants th\u00e9rapeutiques dans le chamanisme shuar Emmanuelle Decker Extraits de son M\u00e9moire de Ma\u00eetrise en Ethnopsychiatrie Universit\u00e9 Paris 8 &#8211; Septembre 2003 Avant la conqu\u00eate espagnole, les Shuars vivaient en<span class=\"ellipsis\">&hellip;<\/span><\/p>\n<div class=\"read-more\"><a href=\"https:\/\/latitudsur.org\/dev\/es\/nos-missions\/textes-de-reflexions\/texte-etude-de-la-theorie-du-desordre-et-des-determinants-therapeutiques-dans-le-chamanisme-shuar\/\">Leer m\u00e1s \u203a<\/a><\/div>\n<p><!-- end of .read-more --><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":80,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","template":"template-page.php","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-1023","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/latitudsur.org\/dev\/es\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1023","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/latitudsur.org\/dev\/es\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/latitudsur.org\/dev\/es\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/latitudsur.org\/dev\/es\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/latitudsur.org\/dev\/es\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1023"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/latitudsur.org\/dev\/es\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1023\/revisions"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/latitudsur.org\/dev\/es\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/80"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/latitudsur.org\/dev\/es\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1023"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}