Terra Preta : la terre d’or

Terra Preta : la terre d’or

Elle serait la terre la plus fertile du monde. La terra preta, ou terre noire, est un mélange complexe de terre, de charbon de bois, de matière organique et de nutriments. Aménagés par les hommes, ces sols remontent à l'époque précolombienne. Voici l’histoire d’un peuple d'Amazonie décimé, qui laissa derrière lui un précieux héritage qui faillit tomber dans l’oubli.

Aux origines, il y a une légende. En 1541, Francisco de Orellana descend l'Amazone à la recherche d’or. Il raconte dans ses récits de voyages la découverte d’une grande civilisation comparable aux Mayas ou aux Incas et l'existence de contrées regorgeant de richesses. Un mythe était né, celui de l'Eldorado.

Mais les expéditions suivantes ne trouvèrent que quelques tribus isolées et pas l'or promis. Le mythe s’effondra; la réputation d’Orellana avec. Les recherches reprirent sérieusement à partir de la fin du XIXe siècle. Grâce à la découverte par l'archéologue Clark Erickson de minuscules tessons de poteries sur les plaines du Mojos en Bolivie, la légende refit surface. Il existait bien une civilisation sédentaire, très étendue en Amazonie.

Pas de civilisation sans agriculture

Restait à expliquer leur mode de vie. Car si une chose demeure évidente, c’est qu’il n’y a pas de vie sédentaire sans agriculture. C’est alors que l'on mit à jour la terra preta.

Bill Woods (archéologue à l’université de l’Illinois) découvrit des fragments de poteries le long de la rivière Tapajos, dans la forêt amazonienne, mélangés à ce que l'on définira bientôt comme la terre noire. Les chercheurs découvrirent également la présence de déchets organiques dans les sols : le mélange qui donne la terra preta était d’origine humaine.

Orellana disait donc vrai, un peuple vivait sur des milliers de kilomètres en Amazonie. Il aura été le premier et surement le dernier à découvrir une civilisation entière « victime, comme tant d'autres, de la grippe, de la variole et de la rougeole importées par les conquistadors », explique Frédéric Léwino dans son article Le mystère de la terre noire. Longtemps ignoré, leur héritage n’en est pas moins incontournable aujourd’hui. La terra petra cache encore bien des secrets.

Un mélange complexe

Qu’est-elle donc cette « terre d'or » ? Selon un article de Hal Arfang, publié sur le site Mediapart, la terra preta, du portugais, est «  un mélange complexe fait de charbon de bois, de tessons de poteries, de cendre riche en phosphore et potassium, de résidus des récoltes compostés, de matières organiques diverses, ainsi que de fumiers animal et humain ».

Grâce à ce mélange riche et ingénieux, une des régions les plus infertiles du monde s’est transformée en pays de Cocagne. Selon une étude de la FAO (Food and Agriculture Organisation of the United Nations), bien que les sols amazoniens exigent normalement des périodes de jachère longues (entre 8 et 10 ans), six mois de repos peuvent suffire avec la terra preta. De plus, selon Hal Arfang,  « cette terre a des rendements supérieurs de 20 à 50% sans apport d'engrais à ceux des terres jaunes. Il a été montré qu’avec l'ajout d'engrais une terre jaune devenue terra preta permettait un bond productif de 800%. On a même prouvé que ces sols pouvaient rester productifs pendant 40 ans sans apport extérieur.  »

Plus incroyable encore, la terra petra semble être « contagieuse ». En effet, Bernard Declercq, dans son article Les sols étonnants de l’Amazonie parle de « sols vivants ». Selon l’article de Frédéric Léwino, « des Brésiliens commercialisant cette terre ont expliqué à l'archéologue Bill Woods qu’il suffisait d'en laisser une couche de 20 centimètres en surface pour que, vingt ans plus tard, le sol sous-jacent se trouve paré des mêmes vertus ».

Une réponse à la déforestation

Les dangers de la déforestation massive et des cultures sur brulis en Amazonie ne font plus de doute. Ne gagnerait-on pas à renouer avec ces techniques ancestrales afin de rendre les terres fertiles ?

Selon Frédéric Léwino, « la terra preta constitue également un excellent puits de carbone pour lutter contre le réchauffement de la planète, puisque le charbon de bois survit durant plusieurs siècles dans le sol.  »

L'or promis par Orellana existait donc bien, mais sous une interprétation plus métaphorique. Il reste aujourd'hui beaucoup à découvrir sur la composition et la manière d'exploiter la terra petra. Elle est cependant déjà un espoir pour toutes les régions qui souffrent d’une terre pauvre et infertile.

Nastasia Deleville et Florian Kunckler

 

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