Texte – Le mécanisme des puits de carbone

Texte – Le mécanisme des puits de carbone

La déforestation est à l’origine de l’émission  de 14 à 20% (selon les sources) des émissions de gaz à effet de serre. Ce constat appelle une réflexion. Quel mécanisme est à l’œuvre quand le défrichage conduit au réchauffement climatique ?

Qu’est ce qu’un puits carbone ? Il peut tout simplement être résumé par le  processus extrayant du carbone de l’atmosphère en le séquestrant. Ce phénomène est à l’œuvre dans les sols, dans les océans et dans les forêts.

Pour ce dernier domaine, qui nous intéresse, cette séquestration est majoritairement issue de la photosynthèse de la flore qui la constitue. Grossièrement, la flore pour se développer ingurgite du CO2. Elle stocke ensuite le carbone (qu’elle transforme en carbone organique) et rejette l’oxygène (O2) dans l’atmosphère. Ainsi, la forêt devient un puits carbone quant à ce qu’elle séquestre le principal gaz à effet de serre (CO2) en l’extrayant de l’atmosphère : le poumon vert.

On l’aura bien compris, à travers ce mécanisme, la lutte contre la déforestation prend tout son sens (sans même évoquer les enjeux en termes de biodiversité et de développement des populations autochtones). Selon une étude de la FAO, en 2005, les forêts du monde absorbaient près de 50% des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. Cependant, planter de nouvelles forêts ne suffirait pas à endiguer les émissions humaines. Par exemple, pour couvrir l’objectif étasunien de réduire de 7% leurs rejets de CO2, il faudrait planter une forêt de deux fois la taille du Texas. Au total, pour couvrir toutes les émissions d’origine humaine, on devrait boiser une surface plus grande que l’ensemble des terres émergées de la planète.

Augmentation du CO2= augmentation du processus de photosynthèse ? Rien n’est moins sur !

Mais la préservation de nos massifs n’en concourt pas moins à la stabilité du climat, même si les dernières conséquences du réchauffement climatique ne vont pas dans le bon sens. En effet, l’on pourrait croire que l’augmentation du thermomètre planétaire serait synonyme de densification de la surface boisée : plus de CO2 émis serait alors le corollaire  de plus de « nourriture » pour notre flore.

Seulement une récente étude américaine[1] démontre un tout autre constat. En étudiant les dernières sécheresses qui ont frappé depuis le début des années 2000 la quasi-totalité de massifs forestiers, les chercheurs ont isolé que systématiquement lorsqu’une forêt était victime du phénomène précité, sa capacité d’absorbation de CO2 était automatiquement diminuée : « En 2000, les sécheresses ont réduit la PPN[2] en Amérique du Nord et en Chine ; en 2002, les sécheresses ont réduit la PPN en Amérique du Nord et en Australie ; en 2003, une sécheresse causée par une importante canicule a réduit la PPN en Europe ; en 2005, de graves sécheresses en Amazonie, en Afrique et en Australie ont grandement réduit la PPN sur le plan régional et sur le plan mondial ; et de 2007 à 2009, sur de larges parties de l’Australie, des sécheresses continuelles ont réduit la PPN du continent ». Les scientifiques ne font pas explicitement le lien entre réchauffement climatique et baisse de la photosynthèse, mais leurs conclusions semblent aller dans ce sens.

Quoi qu’il en soit, le débat fait rage au sein de la communauté scientifique. Il semble bien difficile de mesurer l’ampleur de ces puits carbone, d’autant qu’ils peuvent tout aussi bien se transformer en sources carbone dans certains cas : incendies, mort de la flore … D’autre part, les climato-sceptiques continuent d’utiliser les puits carbone comme remède à tous les maux de la planète.

Une fois encore, c’est au principe de précaution, amené par le Protocole de Kyoto, qu’il faut alors se référer : ce n’est parce que l’on n’a pas de certitudes que l’on peut continuer à se cacher derrière ce processus. A l’image de la main invisible d’Adam Smith, censée réguler automatiquement les marchés financiers, la situation actuelle nous prouve que la planète n’est pas en mesure de compenser naturellement et de façon illimitée toutes les folies humaines.

Florian Kunckler – Octobre 2011


[1] ZHAO Maosheng et RUNNING Steven, Université du Montana – USA, 2009.

[2] PPN : Production Primaire Nette : quantité de CO2 absorbée par les plantes

 

Visit Us On FacebookVisit Us On Twitter