Texte – Préserver la biodiversité et lutter contre la désertification

Texte – Préserver la biodiversité et lutter contre la désertification

Le Sommet pour la Terre, qui s’est déroulé à Rio en 1992, est entré dans l’Histoire pour la signature de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), ayant conduit cinq ans plus tard au Protocole de Kyoto. Mais d’autres textes clés y ont vu le jour. Deux textes références dans leurs domaines : la Convention sur la biodiversité (CDB) et la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CLD).

Certaines entrent dans l’histoire. D’autres aspirent à la postérité. Les conventions et autres traités internationaux ne naissent pas égaux devant la notoriété. Ainsi le célèbre Sommet pour la Terre de Rio a accouché en 1992 des prémices de la réflexion mondiale sur le climat. Thème superstar de l’actualité internationale, marqueur environnemental majeur, les mesures autour de l’évolution du climat sont aux années 2000 ce que la décolonisation fut au XXe siècle : la promesse d’un avenir meilleur qui tarde à se dessiner.

Mais le Sommet pour la Terre a aussi vu naître deux textes fondamentaux sur deux autres sujets majeurs : la CBD et le CLD. Trop souvent oubliés, trop peu commentés, ces normes régissent pourtant deux sujets primordiaux que sont la préservation de la biodiversité et la lutte contre la désertification. Vous vous en doutez, ces domaines ne manquent pas de connexions : très vulgairement, l’évolution du climat est en partie due aux émissions de gaz à effet de serre, dont la cause principale est la déforestation (entre 14 et 20% des émissions selon les sources). C’est cette même déforestation qui est à l’origine du recul de la biodiversité (quand on abat des forêts, on condamne les espèces -faune et flore- qui y étaient implantées) et qui pousse à la désertification des sols (sans la retenue des arbres, les sols sont soumis à la pression mécanique de l’eau, forte en Amazonie, et aux radiations solaires directes, tuant ainsi la biodiversité des faibles couches d’humus et lavant les terres).

La Convention sur la Diversité Biologique

Cette norme internationale vise à répondre à trois questions clés sur le sujet.
Quoi ? Protéger la biodiversité.
Comment ? En exploitant ses ressources de façon durable.
Pour qui ? A travers un partage juste et équitable des fruits de ces ressources.

Signée en juin 1992, elle est entrée en vigueur en décembre 1993, mais n’avait alors qu’une portée contraignante limitée. Un tigre de papier ? Pas exactement. A la fin des années 90, certains regroupements d’Etats ont intégré les principes de la CDB dans leur fonctionnement. On pense notamment à l’UE et à un groupe d’Etats anglo-saxons. Mais un constat l’emporte tout de même. La CDB a bien vécu dans l’ombre de sa grande sœur, la CCNUCC. Le Secrétaire exécutif de la CDB, Ahmed Djoghlaf, assumait en parlant du renforcement de la Convention : « Je ne dis pas que cela n’a pas eu lieu avant, mais nous devons renforcer les efforts en vue d'ancrer la CDB et ses décisions dans le vécu collectif des peuples de la planète. La priorité est d'intégrer les objectifs et buts de la CDB aux priorités mêmes des gouvernements ».  Nous étions en 2006, 13 ans après l’entrée en vigueur de la CDB…

Tous les deux ans se déroule une conférence des parties signataires, dont la plus célèbre, la dixième CDB de Nagoya en 2010, a débouché sur le Protocole du même nom ; 2010 ayant été désignée année de la biodiversité. En mettant en avant la lutte contre la Biopiraterie, en mettant en place des objectifs planifiés, un financement plus conséquent et un comité scientifique officiel (l’IPBES, équivalent du GIEC  pour la biodiversité), la Convention s’est dotée d’atouts majeurs. Reste à voir si la portée du traité dépassera maintenant les actions de quelques pays de bonne volonté…

La Convention des Nations-Unies sur la lutte contre la désertification

2003, rapport officiel[1] : « La désertification est un phénomène d’ordre vraiment planétaire; elle affecte quelques 40 % des terres, y compris certaines parties de l’Europe. 70 % de toutes les zones arides souffrent de désertification, ce qui correspond à 36 millions de km2, les pays les moins avancés étant les plus touchés par ce phénomène. Plus d’un milliard de personnes dans plus de 100 pays sont directement affectés par la désertification ou risquent de l’être. » Voilà pour le constat.

La CLD met quatre principes en avant[2] :

  • Traiter des problèmes de la pauvreté et de la dégradation de l'environnement dans les zones rurales, d'Afrique en particulier;
  • Reconnaître que les utilisateurs des ressources à l'échelon local ont un rôle crucial à jouer dans la recherche et la mise en œuvre de solutions;
  • Adopter une approche partant de la base, qui implique la participation active des femmes aussi bien que des hommes des communautés locales à toutes les phases du processus de développement;
  • Souligner la nécessité d'une approche intégrée de la lutte contre la désertification;
  • Recommander l'établissement d'un mécanisme novateur appelé à mobiliser des ressources importantes en créant des partenariats à tous les niveaux.

 

Cependant, même problème que pour la CDB : le manque de reconnaissance. « Les députés savent que le problème de la désertification, qui se pose au niveau mondial, est étroitement lié aux menaces qui pèsent sur les sols. Ces derniers sont l’un des fondements naturels sur lesquels repose la vie humaine et le développement social. Le problème alimentaire que connaît le monde ne pourra trouver de solution que dans le respect des quatre fonctions principales du sol : pourvoir à l’habitat des hommes, des animaux et des plantes, à la production, à la culture et à la régulation. On n’en continue pas moins de refuser d’accorder à la question des sols toute l’attention qu’elle mérite. « Il importe de mettre à l’ordre du jour une politique de protection des sols digne de ce nom », peut-on lire dans ce même rapport[3].

Alors désertification et biodiversité, même combat ? Si l’on en considère le déficit de notoriété, certainement ! Dans un système où l’agenda politique est souvent fixé par l’agenda médiatique (phénomène « d’agenda setting ») et où le framing[4] impose ses dogmes à l’opinion publique[5], une norme internationale (et par la même occasion souvent non contraignante) qui ne crève pas l’écran, aura beaucoup de mal à produire des effets.

Florian Kunckler – Octobre 2011

 

 

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